Y a pas juste les watts dans la vie

Y a pas juste les watts dans la vie

Voilà un titre contradictoire pour un centre d’entraînement basé sur la puissance, me direz-vous. Et je vous répondrai : pas du tout. Chez BL Coaching, on sait que la performance n’est pas uniquement liée à la puissance. La preuve : ce n’est pas toujours celui ou celle qui pousse le plus de watts qui gagne la course, loin de là. Pourquoi on utilise les watts pour s’entraîner, alors? Je vous explique.

La base

La puissance est une unité de mesure qui utilise le «torque» et la vitesse de rotation (RPM) d’une machine. La formule mathématique pour déterminer la puissance est la suivante :


P[Watts] =

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La seule façon dont les cyclistes peuvent mesurer leur puissance, c’est avec un capteur de puissance (communément appelé power meter). Cet outil peut être installé à différents endroits sur le vélo : dans la roue arrière, dans le bras de pédalier ou dans les pédales. Bref, là où il est possible de mesurer mécaniquement le «torque» (TQ) déployé par le cycliste et sa vitesse de jambes (REV). Cet instrument fait la lecture de la puissance en temps réel et l’affiche sur un moniteur (souvent fixé au guidon du vélo). Ainsi, il est possible de revoir l’effort que vous avez fait pendant votre ride avec des logiciels comme TrainingPeaks, Strava, GoldenCheetah ou autres. 

La puissance est la mesure la plus juste qu’un cycliste peut utiliser pour s’entraîner. Si les watts sont là, pas de doute que la forme y est aussi. Si les watts sont plus bas, il est possible que vous soyez fatigué ou en moins bonne forme.

Pourquoi il n’y a pas juste les watts qui comptent?

Comme vous pouvez le constater, la puissance n’est pas liée à la vitesse pure. Pour donner une image simple, disons qu’une machine peut être très puissante et ne pas bouger du tout. Il est donc difficile de faire un lien direct entre la puissance et la vitesse d’une machine (cycliste dans ce cas). 

Watts vitesse

Ce qu’il faut savoir, c’est que plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte dans la performance. C’est pourquoi ce n’est pas nécessairement le cycliste qui pousse le plus de watts qui remportera une course. Par exemple, en triathlon ou en contre-la-montre, le facteur aérodynamique est un déterminant important de la performance. En critérium, le cycliste qui reste dans le peloton et qui attaque au bon moment a beaucoup plus de chances de gagner que celui qui se place à l’avant du peloton et déploie de «gros chiffres». En vélo de montagne, la technique ainsi que le maintien du momentum dans les virages et les descentes peuvent déterminer l’issue d’une course. 

In a race I try to keep my power as low as possible.
— Pete Morris, Clif Bar Pro Team

On parle souvent de gagner des watts ou d’économiser des watts, mais ce qui est réellement important, c’est de gagner de la vitesse. Le gagnant de la course est celui qui arrive en premier au fil d’arrivée, et non celui qui pousse le plus de watts (une chance, parce que je n’aurais jamais gagné de course de ma vie!). La puissance n’est qu’un outil, un indicateur de comment le corps se comporte. Elle ne dicte pas la performance. 

Pourquoi on s’entraîne avec la puissance, d’abord?

La réponse est simple : pour s’améliorer. 

Voici les trois principales raisons pour lesquelles il est bon de s’entraîner avec un capteur de puissance. 

Repousser ses limites

Un des facteurs qui limitent le plus les cyclistes est la perception de l’effort. Très peu de gens ont la capacité de se faire mal pour vrai. La perception de l’effort est un facteur psychologique qui peut être amélioré à l’aide d’un entraînement axé sur la puissance. En effet, en accumulant du temps passé dans une certaine zone, celle-ci semblera plus facile puisque l’athlète sera habitué à la soutenir. En d’autres mots, plus l’athlète passe du temps dans une zone inconfortable, plus elle lui paraîtra confortable. La perception de l’effort est repoussée, ce qui lui permet de se mettre encore plus dans le rouge. 

Travailler ses points faibles

Tout le monde possède des points forts sur le vélo. Certains se proclament grimpeurs, d’autres rouleurs ou sprinteurs. Par contre, pour gagner (ou survivre à) une course, il faut passer les bosses, rouler vite et être capable de répondre aux attaques. Il faut donc pouvoir se débrouiller dans chacune des filières.

L’entraînement en puissance permet d’identifier les points faibles au moyen de quelques tests. Il est ensuite possible de les améliorer ou de continuer à exploiter vos forces. On entend souvent parler de puissance sur CP1, CP5, CP20; ces valeurs renvoient à la puissance critique (critical power) sur un temps donné (1 minute, 5 minutes, 20 minutes). 

  Sagan «le sprinteur» arborant le maillot du meilleur grimpeur. Une image qui en dit long sur la polyvalence nécessaire à tout bon coureur.

Sagan «le sprinteur» arborant le maillot du meilleur grimpeur. Une image qui en dit long sur la polyvalence nécessaire à tout bon coureur.

Garder la bonne puissance au bon moment

Selon moi, une des plus grandes forces de l’entraînement par puissance est qu’il développe la capacité de toujours rouler à l’intensité prescrite. En effet, il est facile de rouler trop fort lors d’une sortie facile ou pas assez fort lorsqu’il faut mettre les gaz. Le capteur de puissance nous rappelle de rester tranquille, ou de mettre une dent. Il est important de respecter les zones d’entraînement pour ne pas «over-achiever».

Le capteur de puissance est votre meilleur ami lors d’une ride solo. En contrepartie, n’hésitez pas à lever les yeux et à suivre le peloton lors d’une sortie de groupe ou dans une course. Le feeling est probablement le meilleur indicateur dans ce type d’événement.

  Avant de prendre place pour le départ, Taylor Phinney couvre son capteur de puissance de «tape» électrique. Ainsi, il peut rouler au feeling tout en enregistrant quand même son «data».

Avant de prendre place pour le départ, Taylor Phinney couvre son capteur de puissance de «tape» électrique. Ainsi, il peut rouler au feeling tout en enregistrant quand même son «data».

Il est parfois difficile de faire la différence entre pousser fort et aller vite. Cette image vaut mille mots : quelques minutes après que cette photo a été prise, Taylor Phinney a été nommé champion américain de contre-la-montre. Pourtant, il n’avait aucune idée de la quantité de watts qu’il déployait durant la course. 

Si j’avais quelques conseils à donner, je vous dirais : fiez-vous à votre instinct en course, travaillez sur d’autres aspects que la puissance et restez critique par rapport à celle-ci.

Y a pas juste les watts dans la vie.

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